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Examens et concours en Chine ancienne

11 Ago

Examens et concours en Chine ancienne:

Nous vivons dans un contexte de mondialisation, où le plurilinguisme et la diversité culturelle nous contraignent à nous mesurer aux autres. Dans ce sens, le dispositif d’évaluation des compétences, devenu un enjeu social et économique, devrait être clairement identifiable par tous. Or, ce n’est pas toujours le cas des certifications et des tests en FLE : leurs significations présentent encore des soucis pour l’utilisateur, même si les dernières années des efforts d’harmonisation et d’équivalence sont faits dans le cadre de la politique linguistique européenne. Face à cette situation de l’évaluation en FLE qui semble encore chercher ses voies, nous découvrons un autre système d’évaluation : celui de la Chine ancienne, système qui a assuré pendant plus de 2000 ans le fonctionnement immuable de l’empire. C’est un missionnaire jésuite, Étienne Zi, qui présente les examens et les concours dans « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine », livre qui pourrait beaucoup inspirer à l’avenir les créateurs de tests en FLE.
L’avènement au pouvoir de la dynastie des Han (206 av J.C.) en Chine est marqué par la montée de l’influence des lettrés d’expression confucéenne. C’est à cette époque que la pratique des examens et des concours pour les postes de fonctionnaires publics est institutionnalisée. La valorisation de la pensée confucéenne vise à renforcer la structure efficace de l’empire. Un grand empire se forme à cette époque, unifié culturellement et gardant des particularités régionales, un empire que les lettrés gouverneront (car c’est de ces milieux que les mandarins feront partie) jusqu’en 1911, début de la guerre civile. C’est la raison pour laquelle le savoir en Chine, depuis toujours, a un rôle décisif. Aujourd’hui, l’expression de cette tradition millénaire, c’est le concours d’entrée à l’Université, appelé Gao Kao, très important pour chaque lycéen et qui détermine son avenir.
À la différence des pays européens, en Chine le savoir est considéré comme pilier de l’empire : il gère la hiérarchie et l’ordre social, notamment par le biais des examens et concours que père Étienne Zi, missionnaire jésuite dans ce pays à la fin du 19e siècle, présente de façon très exhaustive dans son œuvre « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine » , ce qui peut nous aider à comprendre le rôle des examens dans le fonctionnement de la société féodale en Chine Ancienne. En effet, il y a une énorme différence dans la pensée occidentale, cartésienne et celle de Chine. En Europe, on privilégie le doute, source de tout progrès et l’esprit critique. Par contre, la pensée confucéenne est porteuse de valeurs comme la rectitude, la morale, la justice, la piété filiale : le fils obéit à son père, l’épouse à son mari, le sujet à son empereur, etc. Elle privilégie l’ordre et l’harmonie dans la société. Un lettré, instruit par ce système et passé par toute une batterie d’examens pour devenir fonctionnaire public, ne critique pas ce système, au contraire, il en devient le pilier.
Toutes ces particularités sont bien présentées dans le livre du père Étienne Zi. En préface, l’auteur explique le but de cet ouvrage : exposer clairement toutes les circonstances et phases des examens subis par ceux qui souhaitent devenir lettrés en Chine. D’une part, pour combler le manque d’information sur ce sujet, et d’autre part pour éclairer tous ceux qui s’intéressent aux institutions en Chine et désireux de comprendre la différence avec des épreuves analogues en usage en Occident. Il marque dès le début que c’est une question de très grande importance pour toute la nation chinoise. Il n’hésite pas à critiquer des chercheurs qui se sont penchés sur cette question sans l’étudier à fond et qui ont commis des erreurs, fait qui empêche l’étranger de se faire une idée pertinente sur le rôle des examens et les concours en Chine.

Dans la partie intitulée Remarques générales, l’auteur fait quelques observations concernant ses modalités de travail. D’abord, il note que les épreuves peuvent varier selon les régions, « en appliquant l’expression chinoise bien connue : “qu’il y a accord dans les parties principales, malgré quelque diversité dans les détails.”
Ensuite, il note qu’il y a en Chine trois grades littéraires, obtenus après trois séries d’examens différents et qu’il adopte, pour plus de clarté les dénominations françaises de baccalauréat, licence et doctorat. Ces trois grades constituent les trois parties suivantes de son ouvrage. La quatrième et dernière partie représente des appendices.
La première partie, DE L’EXAMEN POUR LE BACCALAURÉAT est la plus longue et la plus explicative. L’auteur donne des informations très précises sur les candidats, les locaux des examens, les examinateurs et les épreuves. Ce que nous pouvons retenir sur les candidats, c’est qu’il n’y a pas de discrimination d’âge, et que le Baccalauréat est ouvert pratiquement à toutes les classes sociales (il y a très peu d’exceptions, pour ceux que l’auteur appelle les satellites : serviteurs au tribunal, bourreaux, geôliers, etc. ou pour ceux qui ont subi un châtiment). Il n’y a pas de discrimination ethnique non plus, il y a même une discrimination positive, car des promotions spéciales sont envisagées pour les garnisons tartares. C’est donc un examen que nous pouvons qualifier de démocratique et qui donne la possibilité aux fils des milieux modestes d’aspirer à un poste élevé dans le pouvoir (car les filles en sont exclues). Le baccalauréat est composé de trois séries d’examens, respectivement devant le Sous-Préfet, le Préfet et l’Examinateur provincial. Tous les trois ont le même schéma : deux compositions (que l’auteur appelle des amplifications littéraires) sur les “Quatre classiques” et les “Cinq canoniques” et une pièce en vers. L’auteur donne des précisions très utiles sur le déroulement des épreuves : malgré les règles et le contrôle strict, il est de coutume que les candidats apportent une composition écrite en avance pour la recopier en salle d’examen, ou même qu’ils remettent le cahier de la composition à l’examinateur en dehors de l’examen (pratiques assez rependues dans les universités chinoises aujourd’hui). Quant aux conditions de l’examen, l’auteur attire l’attention sur le côté rituel de ce dernier (d’ailleurs, l’organisme qui gère les examens s’appelle Bureau des rites), les candidats sont habillés en habits de cérémonie, trois coups de canon annoncent l’entrée en salle d’examens, la publication des résultats se fait aussi après trois coups de canon. Une fois le grade obtenu, le bachelier doit subir un examen tous les trois ans. Le coup des études et des examens étant élevé, des familles modestes s’endettent pour l’éducation de leurs fils, mais la logique est que le grade de bachelier ouvre des possibilités dans la fonction publique. À la fin de cette partie, l’auteur note que le grade de Bachelier peut également s’acheter, sans passer par des examens, ou encore être attribué par l’empereur pour des mérites.
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’examen de Licence (composé également de trois séries) qui a beaucoup de traits communs avec l’examen précédent, sauf qu’ici les candidats ont le choix de passer un examen de mathématiques, et une épreuve de traduction est proposée aux candidats des provinces frontalières. Les conditions de cet examen sont beaucoup plus strictes : il se passe dans des centres spéciaux, les candidats sont logés dans des cellules, ils n’ont pas le droit de sortir pendant trois jours et leur composition doit comporter exactement 700 caractères.
Dans la troisième partie, l’auteur décrit la passation de l’examen de doctorat, examen qui a lieu uniquement dans la capitale. Comme pour les grades précédents, il y a trois examens ayant lieu au ministère des Rites. Les candidats écrivent “une dissertation ayant 800 à 1000 caractères, qui roule ordinairement sur quatre points d’administration publique” , vu qu’à l’issu de ce concours les Docteurs deviennent des hauts fonctionnaires au service de l’Empereur.
La quatrième partie est très intéressante, car elle contient un chapitre consacré au concours des traducteurs. “Cette disposition a pour but d’encourager les Mandchous et les Mongols à la culture de leur langue maternelle”. Il y a pour ces concours trois degrés que nous connaissons déjà : Baccalauréat, Licence et Doctorat. Pour tous les trois, les sujets sont choisis par l’Empereur même. De plus, il y a une épreuve préalable : tir à l’arc. En plus de la traduction qui est obligatoire pour tous les candidats, au concours de licence il y a une amplification sur le livre des “Quatre classiques”, composée en langue maternelle, et une dissertation pour le concours de doctorat sur les “Quatre classiques” et “Livre de la piété filiale”. (Excellente façon de rappeler aux minorités ethniques à qui ils doivent obéissance !)

Dans la suite de la quatrième partie, l’auteur cite différents décrets et décisions ministérielles qui régissent ce système complexe d’examens et concours.

Que pouvons-nous retenir de l’ouvrage du Père Étienne Zi ? Il présente un système complexe d’évaluation, muni de tous les critères professionnels d’évaluation moderne : validité, car il propose une démarche adéquate pour mesurer les résultats et, car il est accepté par tous les acteurs sociaux, fiabilité, suite à des répétitions des examens les résultats peuvent prétendre de constance, et faisabilité, grâce à la clarté des instructions et la possibilité de réalisation à tous les niveaux.
Ce serait sans doute exagéré de chercher un lien entre les examens littéraires en Chine impériale et l’évaluation en FLE. Et pourtant, il s’agit d’une tradition perpétrée pendant plus de deux millénaires et qui génère la formation de la classe des lettrés, le recrutement des fonctionnaires par voie de concours avec ses rites précis. C’est un système perpétuel, inchangeable, constant qui entre dans un cadre sacré, éternel, immuable et qui dure aujourd’hui encore, notamment avec la pratique du Gao Kao. Par rapport à cette immuabilité, la certification en FLE semble encore chercher ses voies. De plus, très souvent, en tant que praticienne et préparant des étudiants pour le TCF ou le TEF, nous constatons qu’il manque des instructions claires, que les étudiants sont dans le flou (notamment avec des items totalement incompréhensibles) !

Pour conclure, notons que le rôle du système d’examens en Chine, présenté par le père Étienne Zi, est de servir de pilier du pouvoir impérial, et de veiller sur l’ordre social. Le rôle de l’évaluation et de la certification en FLE aujourd’hui est de développer et de valider des compétences dans un contexte de mondialisation. Dans ce sens, elle pourrait s’inspirer par des pratiques linguistiques des quatre coins du monde.
Bibliographie :
Étienne Zi, PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine , in “Variétés sinologiques” n° 5, Imprimerie de la Mission catholique de l’orphelinat de T’ou-sé-wé, Shanghai, 1894, 268 pages, consultable en ligne : classiques.uqac.ca/classiques/zi_etienne/zi_etienne.html
Connaissances générales en culture chinoise, Foreign language teaching and research press, Beijing 2006
Noël-Jothy, Sampsonis, Certifications et outils d’évaluation en FLE, Hachette, 2006
Encyclopaedia Universalis, édition électronique, 2010

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11 Ago

Examens et concours en Chine ancienne:

Nous vivons dans un contexte de mondialisation, où le plurilinguisme et la diversité culturelle nous contraignent à nous mesurer aux autres. Dans ce sens, le dispositif d’évaluation des compétences, devenu un enjeu social et économique, devrait être clairement identifiable par tous. Or, ce n’est pas toujours le cas des certifications et des tests en FLE : leurs significations présentent encore des soucis pour l’utilisateur, même si les dernières années des efforts d’harmonisation et d’équivalence sont faits dans le cadre de la politique linguistique européenne. Face à cette situation de l’évaluation en FLE qui semble encore chercher ses voies, nous découvrons un autre système d’évaluation : celui de la Chine ancienne, système qui a assuré pendant plus de 2000 ans le fonctionnement immuable de l’empire. C’est un missionnaire jésuite, Étienne Zi, qui présente les examens et les concours dans « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine », livre qui pourrait beaucoup inspirer à l’avenir les créateurs de tests en FLE.
L’avènement au pouvoir de la dynastie des Han (206 av J.C.) en Chine est marqué par la montée de l’influence des lettrés d’expression confucéenne. C’est à cette époque que la pratique des examens et des concours pour les postes de fonctionnaires publics est institutionnalisée. La valorisation de la pensée confucéenne vise à renforcer la structure efficace de l’empire. Un grand empire se forme à cette époque, unifié culturellement et gardant des particularités régionales, un empire que les lettrés gouverneront (car c’est de ces milieux que les mandarins feront partie) jusqu’en 1911, début de la guerre civile. C’est la raison pour laquelle le savoir en Chine, depuis toujours, a un rôle décisif. Aujourd’hui, l’expression de cette tradition millénaire, c’est le concours d’entrée à l’Université, appelé Gao Kao, très important pour chaque lycéen et qui détermine son avenir.
À la différence des pays européens, en Chine le savoir est considéré comme pilier de l’empire : il gère la hiérarchie et l’ordre social, notamment par le biais des examens et concours que père Étienne Zi, missionnaire jésuite dans ce pays à la fin du 19e siècle, présente de façon très exhaustive dans son œuvre « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine » , ce qui peut nous aider à comprendre le rôle des examens dans le fonctionnement de la société féodale en Chine Ancienne. En effet, il y a une énorme différence dans la pensée occidentale, cartésienne et celle de Chine. En Europe, on privilégie le doute, source de tout progrès et l’esprit critique. Par contre, la pensée confucéenne est porteuse de valeurs comme la rectitude, la morale, la justice, la piété filiale : le fils obéit à son père, l’épouse à son mari, le sujet à son empereur, etc. Elle privilégie l’ordre et l’harmonie dans la société. Un lettré, instruit par ce système et passé par toute une batterie d’examens pour devenir fonctionnaire public, ne critique pas ce système, au contraire, il en devient le pilier.
Toutes ces particularités sont bien présentées dans le livre du père Étienne Zi. En préface, l’auteur explique le but de cet ouvrage : exposer clairement toutes les circonstances et phases des examens subis par ceux qui souhaitent devenir lettrés en Chine. D’une part, pour combler le manque d’information sur ce sujet, et d’autre part pour éclairer tous ceux qui s’intéressent aux institutions en Chine et désireux de comprendre la différence avec des épreuves analogues en usage en Occident. Il marque dès le début que c’est une question de très grande importance pour toute la nation chinoise. Il n’hésite pas à critiquer des chercheurs qui se sont penchés sur cette question sans l’étudier à fond et qui ont commis des erreurs, fait qui empêche l’étranger de se faire une idée pertinente sur le rôle des examens et les concours en Chine.

Dans la partie intitulée Remarques générales, l’auteur fait quelques observations concernant ses modalités de travail. D’abord, il note que les épreuves peuvent varier selon les régions, « en appliquant l’expression chinoise bien connue : “qu’il y a accord dans les parties principales, malgré quelque diversité dans les détails.”
Ensuite, il note qu’il y a en Chine trois grades littéraires, obtenus après trois séries d’examens différents et qu’il adopte, pour plus de clarté les dénominations françaises de baccalauréat, licence et doctorat. Ces trois grades constituent les trois parties suivantes de son ouvrage. La quatrième et dernière partie représente des appendices.
La première partie, DE L’EXAMEN POUR LE BACCALAURÉAT est la plus longue et la plus explicative. L’auteur donne des informations très précises sur les candidats, les locaux des examens, les examinateurs et les épreuves. Ce que nous pouvons retenir sur les candidats, c’est qu’il n’y a pas de discrimination d’âge, et que le Baccalauréat est ouvert pratiquement à toutes les classes sociales (il y a très peu d’exceptions, pour ceux que l’auteur appelle les satellites : serviteurs au tribunal, bourreaux, geôliers, etc. ou pour ceux qui ont subi un châtiment). Il n’y a pas de discrimination ethnique non plus, il y a même une discrimination positive, car des promotions spéciales sont envisagées pour les garnisons tartares. C’est donc un examen que nous pouvons qualifier de démocratique et qui donne la possibilité aux fils des milieux modestes d’aspirer à un poste élevé dans le pouvoir (car les filles en sont exclues). Le baccalauréat est composé de trois séries d’examens, respectivement devant le Sous-Préfet, le Préfet et l’Examinateur provincial. Tous les trois ont le même schéma : deux compositions (que l’auteur appelle des amplifications littéraires) sur les “Quatre classiques” et les “Cinq canoniques” et une pièce en vers. L’auteur donne des précisions très utiles sur le déroulement des épreuves : malgré les règles et le contrôle strict, il est de coutume que les candidats apportent une composition écrite en avance pour la recopier en salle d’examen, ou même qu’ils remettent le cahier de la composition à l’examinateur en dehors de l’examen (pratiques assez rependues dans les universités chinoises aujourd’hui). Quant aux conditions de l’examen, l’auteur attire l’attention sur le côté rituel de ce dernier (d’ailleurs, l’organisme qui gère les examens s’appelle Bureau des rites), les candidats sont habillés en habits de cérémonie, trois coups de canon annoncent l’entrée en salle d’examens, la publication des résultats se fait aussi après trois coups de canon. Une fois le grade obtenu, le bachelier doit subir un examen tous les trois ans. Le coup des études et des examens étant élevé, des familles modestes s’endettent pour l’éducation de leurs fils, mais la logique est que le grade de bachelier ouvre des possibilités dans la fonction publique. À la fin de cette partie, l’auteur note que le grade de Bachelier peut également s’acheter, sans passer par des examens, ou encore être attribué par l’empereur pour des mérites.
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’examen de Licence (composé également de trois séries) qui a beaucoup de traits communs avec l’examen précédent, sauf qu’ici les candidats ont le choix de passer un examen de mathématiques, et une épreuve de traduction est proposée aux candidats des provinces frontalières. Les conditions de cet examen sont beaucoup plus strictes : il se passe dans des centres spéciaux, les candidats sont logés dans des cellules, ils n’ont pas le droit de sortir pendant trois jours et leur composition doit comporter exactement 700 caractères.
Dans la troisième partie, l’auteur décrit la passation de l’examen de doctorat, examen qui a lieu uniquement dans la capitale. Comme pour les grades précédents, il y a trois examens ayant lieu au ministère des Rites. Les candidats écrivent “une dissertation ayant 800 à 1000 caractères, qui roule ordinairement sur quatre points d’administration publique” , vu qu’à l’issu de ce concours les Docteurs deviennent des hauts fonctionnaires au service de l’Empereur.
La quatrième partie est très intéressante, car elle contient un chapitre consacré au concours des traducteurs. “Cette disposition a pour but d’encourager les Mandchous et les Mongols à la culture de leur langue maternelle”. Il y a pour ces concours trois degrés que nous connaissons déjà : Baccalauréat, Licence et Doctorat. Pour tous les trois, les sujets sont choisis par l’Empereur même. De plus, il y a une épreuve préalable : tir à l’arc. En plus de la traduction qui est obligatoire pour tous les candidats, au concours de licence il y a une amplification sur le livre des “Quatre classiques”, composée en langue maternelle, et une dissertation pour le concours de doctorat sur les “Quatre classiques” et “Livre de la piété filiale”. (Excellente façon de rappeler aux minorités ethniques à qui ils doivent obéissance !)

Dans la suite de la quatrième partie, l’auteur cite différents décrets et décisions ministérielles qui régissent ce système complexe d’examens et concours.

Que pouvons-nous retenir de l’ouvrage du Père Étienne Zi ? Il présente un système complexe d’évaluation, muni de tous les critères professionnels d’évaluation moderne : validité, car il propose une démarche adéquate pour mesurer les résultats et, car il est accepté par tous les acteurs sociaux, fiabilité, suite à des répétitions des examens les résultats peuvent prétendre de constance, et faisabilité, grâce à la clarté des instructions et la possibilité de réalisation à tous les niveaux.
Ce serait sans doute exagéré de chercher un lien entre les examens littéraires en Chine impériale et l’évaluation en FLE. Et pourtant, il s’agit d’une tradition perpétrée pendant plus de deux millénaires et qui génère la formation de la classe des lettrés, le recrutement des fonctionnaires par voie de concours avec ses rites précis. C’est un système perpétuel, inchangeable, constant qui entre dans un cadre sacré, éternel, immuable et qui dure aujourd’hui encore, notamment avec la pratique du Gao Kao. Par rapport à cette immuabilité, la certification en FLE semble encore chercher ses voies. De plus, très souvent, en tant que praticienne et préparant des étudiants pour le TCF ou le TEF, nous constatons qu’il manque des instructions claires, que les étudiants sont dans le flou (notamment avec des items totalement incompréhensibles) !

Pour conclure, notons que le rôle du système d’examens en Chine, présenté par le père Étienne Zi, est de servir de pilier du pouvoir impérial, et de veiller sur l’ordre social. Le rôle de l’évaluation et de la certification en FLE aujourd’hui est de développer et de valider des compétences dans un contexte de mondialisation. Dans ce sens, elle pourrait s’inspirer par des pratiques linguistiques des quatre coins du monde.
Bibliographie :
Étienne Zi, PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine , in “Variétés sinologiques” n° 5, Imprimerie de la Mission catholique de l’orphelinat de T’ou-sé-wé, Shanghai, 1894, 268 pages, consultable en ligne : classiques.uqac.ca/classiques/zi_etienne/zi_etienne.html
Connaissances générales en culture chinoise, Foreign language teaching and research press, Beijing 2006
Noël-Jothy, Sampsonis, Certifications et outils d’évaluation en FLE, Hachette, 2006
Encyclopaedia Universalis, édition électronique, 2010

Examens et concours en Chine ancienne

11 Ago

Examens et concours en Chine ancienne:

Nous vivons dans un contexte de mondialisation, où le plurilinguisme et la diversité culturelle nous contraignent à nous mesurer aux autres. Dans ce sens, le dispositif d’évaluation des compétences, devenu un enjeu social et économique, devrait être clairement identifiable par tous. Or, ce n’est pas toujours le cas des certifications et des tests en FLE : leurs significations présentent encore des soucis pour l’utilisateur, même si les dernières années des efforts d’harmonisation et d’équivalence sont faits dans le cadre de la politique linguistique européenne. Face à cette situation de l’évaluation en FLE qui semble encore chercher ses voies, nous découvrons un autre système d’évaluation : celui de la Chine ancienne, système qui a assuré pendant plus de 2000 ans le fonctionnement immuable de l’empire. C’est un missionnaire jésuite, Étienne Zi, qui présente les examens et les concours dans « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine », livre qui pourrait beaucoup inspirer à l’avenir les créateurs de tests en FLE.
L’avènement au pouvoir de la dynastie des Han (206 av J.C.) en Chine est marqué par la montée de l’influence des lettrés d’expression confucéenne. C’est à cette époque que la pratique des examens et des concours pour les postes de fonctionnaires publics est institutionnalisée. La valorisation de la pensée confucéenne vise à renforcer la structure efficace de l’empire. Un grand empire se forme à cette époque, unifié culturellement et gardant des particularités régionales, un empire que les lettrés gouverneront (car c’est de ces milieux que les mandarins feront partie) jusqu’en 1911, début de la guerre civile. C’est la raison pour laquelle le savoir en Chine, depuis toujours, a un rôle décisif. Aujourd’hui, l’expression de cette tradition millénaire, c’est le concours d’entrée à l’Université, appelé Gao Kao, très important pour chaque lycéen et qui détermine son avenir.
À la différence des pays européens, en Chine le savoir est considéré comme pilier de l’empire : il gère la hiérarchie et l’ordre social, notamment par le biais des examens et concours que père Étienne Zi, missionnaire jésuite dans ce pays à la fin du 19e siècle, présente de façon très exhaustive dans son œuvre « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine » , ce qui peut nous aider à comprendre le rôle des examens dans le fonctionnement de la société féodale en Chine Ancienne. En effet, il y a une énorme différence dans la pensée occidentale, cartésienne et celle de Chine. En Europe, on privilégie le doute, source de tout progrès et l’esprit critique. Par contre, la pensée confucéenne est porteuse de valeurs comme la rectitude, la morale, la justice, la piété filiale : le fils obéit à son père, l’épouse à son mari, le sujet à son empereur, etc. Elle privilégie l’ordre et l’harmonie dans la société. Un lettré, instruit par ce système et passé par toute une batterie d’examens pour devenir fonctionnaire public, ne critique pas ce système, au contraire, il en devient le pilier.
Toutes ces particularités sont bien présentées dans le livre du père Étienne Zi. En préface, l’auteur explique le but de cet ouvrage : exposer clairement toutes les circonstances et phases des examens subis par ceux qui souhaitent devenir lettrés en Chine. D’une part, pour combler le manque d’information sur ce sujet, et d’autre part pour éclairer tous ceux qui s’intéressent aux institutions en Chine et désireux de comprendre la différence avec des épreuves analogues en usage en Occident. Il marque dès le début que c’est une question de très grande importance pour toute la nation chinoise. Il n’hésite pas à critiquer des chercheurs qui se sont penchés sur cette question sans l’étudier à fond et qui ont commis des erreurs, fait qui empêche l’étranger de se faire une idée pertinente sur le rôle des examens et les concours en Chine.

Dans la partie intitulée Remarques générales, l’auteur fait quelques observations concernant ses modalités de travail. D’abord, il note que les épreuves peuvent varier selon les régions, « en appliquant l’expression chinoise bien connue : “qu’il y a accord dans les parties principales, malgré quelque diversité dans les détails.”
Ensuite, il note qu’il y a en Chine trois grades littéraires, obtenus après trois séries d’examens différents et qu’il adopte, pour plus de clarté les dénominations françaises de baccalauréat, licence et doctorat. Ces trois grades constituent les trois parties suivantes de son ouvrage. La quatrième et dernière partie représente des appendices.
La première partie, DE L’EXAMEN POUR LE BACCALAURÉAT est la plus longue et la plus explicative. L’auteur donne des informations très précises sur les candidats, les locaux des examens, les examinateurs et les épreuves. Ce que nous pouvons retenir sur les candidats, c’est qu’il n’y a pas de discrimination d’âge, et que le Baccalauréat est ouvert pratiquement à toutes les classes sociales (il y a très peu d’exceptions, pour ceux que l’auteur appelle les satellites : serviteurs au tribunal, bourreaux, geôliers, etc. ou pour ceux qui ont subi un châtiment). Il n’y a pas de discrimination ethnique non plus, il y a même une discrimination positive, car des promotions spéciales sont envisagées pour les garnisons tartares. C’est donc un examen que nous pouvons qualifier de démocratique et qui donne la possibilité aux fils des milieux modestes d’aspirer à un poste élevé dans le pouvoir (car les filles en sont exclues). Le baccalauréat est composé de trois séries d’examens, respectivement devant le Sous-Préfet, le Préfet et l’Examinateur provincial. Tous les trois ont le même schéma : deux compositions (que l’auteur appelle des amplifications littéraires) sur les “Quatre classiques” et les “Cinq canoniques” et une pièce en vers. L’auteur donne des précisions très utiles sur le déroulement des épreuves : malgré les règles et le contrôle strict, il est de coutume que les candidats apportent une composition écrite en avance pour la recopier en salle d’examen, ou même qu’ils remettent le cahier de la composition à l’examinateur en dehors de l’examen (pratiques assez rependues dans les universités chinoises aujourd’hui). Quant aux conditions de l’examen, l’auteur attire l’attention sur le côté rituel de ce dernier (d’ailleurs, l’organisme qui gère les examens s’appelle Bureau des rites), les candidats sont habillés en habits de cérémonie, trois coups de canon annoncent l’entrée en salle d’examens, la publication des résultats se fait aussi après trois coups de canon. Une fois le grade obtenu, le bachelier doit subir un examen tous les trois ans. Le coup des études et des examens étant élevé, des familles modestes s’endettent pour l’éducation de leurs fils, mais la logique est que le grade de bachelier ouvre des possibilités dans la fonction publique. À la fin de cette partie, l’auteur note que le grade de Bachelier peut également s’acheter, sans passer par des examens, ou encore être attribué par l’empereur pour des mérites.
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’examen de Licence (composé également de trois séries) qui a beaucoup de traits communs avec l’examen précédent, sauf qu’ici les candidats ont le choix de passer un examen de mathématiques, et une épreuve de traduction est proposée aux candidats des provinces frontalières. Les conditions de cet examen sont beaucoup plus strictes : il se passe dans des centres spéciaux, les candidats sont logés dans des cellules, ils n’ont pas le droit de sortir pendant trois jours et leur composition doit comporter exactement 700 caractères.
Dans la troisième partie, l’auteur décrit la passation de l’examen de doctorat, examen qui a lieu uniquement dans la capitale. Comme pour les grades précédents, il y a trois examens ayant lieu au ministère des Rites. Les candidats écrivent “une dissertation ayant 800 à 1000 caractères, qui roule ordinairement sur quatre points d’administration publique” , vu qu’à l’issu de ce concours les Docteurs deviennent des hauts fonctionnaires au service de l’Empereur.
La quatrième partie est très intéressante, car elle contient un chapitre consacré au concours des traducteurs. “Cette disposition a pour but d’encourager les Mandchous et les Mongols à la culture de leur langue maternelle”. Il y a pour ces concours trois degrés que nous connaissons déjà : Baccalauréat, Licence et Doctorat. Pour tous les trois, les sujets sont choisis par l’Empereur même. De plus, il y a une épreuve préalable : tir à l’arc. En plus de la traduction qui est obligatoire pour tous les candidats, au concours de licence il y a une amplification sur le livre des “Quatre classiques”, composée en langue maternelle, et une dissertation pour le concours de doctorat sur les “Quatre classiques” et “Livre de la piété filiale”. (Excellente façon de rappeler aux minorités ethniques à qui ils doivent obéissance !)

Dans la suite de la quatrième partie, l’auteur cite différents décrets et décisions ministérielles qui régissent ce système complexe d’examens et concours.

Que pouvons-nous retenir de l’ouvrage du Père Étienne Zi ? Il présente un système complexe d’évaluation, muni de tous les critères professionnels d’évaluation moderne : validité, car il propose une démarche adéquate pour mesurer les résultats et, car il est accepté par tous les acteurs sociaux, fiabilité, suite à des répétitions des examens les résultats peuvent prétendre de constance, et faisabilité, grâce à la clarté des instructions et la possibilité de réalisation à tous les niveaux.
Ce serait sans doute exagéré de chercher un lien entre les examens littéraires en Chine impériale et l’évaluation en FLE. Et pourtant, il s’agit d’une tradition perpétrée pendant plus de deux millénaires et qui génère la formation de la classe des lettrés, le recrutement des fonctionnaires par voie de concours avec ses rites précis. C’est un système perpétuel, inchangeable, constant qui entre dans un cadre sacré, éternel, immuable et qui dure aujourd’hui encore, notamment avec la pratique du Gao Kao. Par rapport à cette immuabilité, la certification en FLE semble encore chercher ses voies. De plus, très souvent, en tant que praticienne et préparant des étudiants pour le TCF ou le TEF, nous constatons qu’il manque des instructions claires, que les étudiants sont dans le flou (notamment avec des items totalement incompréhensibles) !

Pour conclure, notons que le rôle du système d’examens en Chine, présenté par le père Étienne Zi, est de servir de pilier du pouvoir impérial, et de veiller sur l’ordre social. Le rôle de l’évaluation et de la certification en FLE aujourd’hui est de développer et de valider des compétences dans un contexte de mondialisation. Dans ce sens, elle pourrait s’inspirer par des pratiques linguistiques des quatre coins du monde.
Bibliographie :
Étienne Zi, PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine , in “Variétés sinologiques” n° 5, Imprimerie de la Mission catholique de l’orphelinat de T’ou-sé-wé, Shanghai, 1894, 268 pages, consultable en ligne : classiques.uqac.ca/classiques/zi_etienne/zi_etienne.html
Connaissances générales en culture chinoise, Foreign language teaching and research press, Beijing 2006
Noël-Jothy, Sampsonis, Certifications et outils d’évaluation en FLE, Hachette, 2006
Encyclopaedia Universalis, édition électronique, 2010

Examens et concours en Chine ancienne

11 Ago

Examens et concours en Chine ancienne:

Nous vivons dans un contexte de mondialisation, où le plurilinguisme et la diversité culturelle nous contraignent à nous mesurer aux autres. Dans ce sens, le dispositif d’évaluation des compétences, devenu un enjeu social et économique, devrait être clairement identifiable par tous. Or, ce n’est pas toujours le cas des certifications et des tests en FLE : leurs significations présentent encore des soucis pour l’utilisateur, même si les dernières années des efforts d’harmonisation et d’équivalence sont faits dans le cadre de la politique linguistique européenne. Face à cette situation de l’évaluation en FLE qui semble encore chercher ses voies, nous découvrons un autre système d’évaluation : celui de la Chine ancienne, système qui a assuré pendant plus de 2000 ans le fonctionnement immuable de l’empire. C’est un missionnaire jésuite, Étienne Zi, qui présente les examens et les concours dans « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine », livre qui pourrait beaucoup inspirer à l’avenir les créateurs de tests en FLE.
L’avènement au pouvoir de la dynastie des Han (206 av J.C.) en Chine est marqué par la montée de l’influence des lettrés d’expression confucéenne. C’est à cette époque que la pratique des examens et des concours pour les postes de fonctionnaires publics est institutionnalisée. La valorisation de la pensée confucéenne vise à renforcer la structure efficace de l’empire. Un grand empire se forme à cette époque, unifié culturellement et gardant des particularités régionales, un empire que les lettrés gouverneront (car c’est de ces milieux que les mandarins feront partie) jusqu’en 1911, début de la guerre civile. C’est la raison pour laquelle le savoir en Chine, depuis toujours, a un rôle décisif. Aujourd’hui, l’expression de cette tradition millénaire, c’est le concours d’entrée à l’Université, appelé Gao Kao, très important pour chaque lycéen et qui détermine son avenir.
À la différence des pays européens, en Chine le savoir est considéré comme pilier de l’empire : il gère la hiérarchie et l’ordre social, notamment par le biais des examens et concours que père Étienne Zi, missionnaire jésuite dans ce pays à la fin du 19e siècle, présente de façon très exhaustive dans son œuvre « PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine » , ce qui peut nous aider à comprendre le rôle des examens dans le fonctionnement de la société féodale en Chine Ancienne. En effet, il y a une énorme différence dans la pensée occidentale, cartésienne et celle de Chine. En Europe, on privilégie le doute, source de tout progrès et l’esprit critique. Par contre, la pensée confucéenne est porteuse de valeurs comme la rectitude, la morale, la justice, la piété filiale : le fils obéit à son père, l’épouse à son mari, le sujet à son empereur, etc. Elle privilégie l’ordre et l’harmonie dans la société. Un lettré, instruit par ce système et passé par toute une batterie d’examens pour devenir fonctionnaire public, ne critique pas ce système, au contraire, il en devient le pilier.
Toutes ces particularités sont bien présentées dans le livre du père Étienne Zi. En préface, l’auteur explique le but de cet ouvrage : exposer clairement toutes les circonstances et phases des examens subis par ceux qui souhaitent devenir lettrés en Chine. D’une part, pour combler le manque d’information sur ce sujet, et d’autre part pour éclairer tous ceux qui s’intéressent aux institutions en Chine et désireux de comprendre la différence avec des épreuves analogues en usage en Occident. Il marque dès le début que c’est une question de très grande importance pour toute la nation chinoise. Il n’hésite pas à critiquer des chercheurs qui se sont penchés sur cette question sans l’étudier à fond et qui ont commis des erreurs, fait qui empêche l’étranger de se faire une idée pertinente sur le rôle des examens et les concours en Chine.

Dans la partie intitulée Remarques générales, l’auteur fait quelques observations concernant ses modalités de travail. D’abord, il note que les épreuves peuvent varier selon les régions, « en appliquant l’expression chinoise bien connue : “qu’il y a accord dans les parties principales, malgré quelque diversité dans les détails.”
Ensuite, il note qu’il y a en Chine trois grades littéraires, obtenus après trois séries d’examens différents et qu’il adopte, pour plus de clarté les dénominations françaises de baccalauréat, licence et doctorat. Ces trois grades constituent les trois parties suivantes de son ouvrage. La quatrième et dernière partie représente des appendices.
La première partie, DE L’EXAMEN POUR LE BACCALAURÉAT est la plus longue et la plus explicative. L’auteur donne des informations très précises sur les candidats, les locaux des examens, les examinateurs et les épreuves. Ce que nous pouvons retenir sur les candidats, c’est qu’il n’y a pas de discrimination d’âge, et que le Baccalauréat est ouvert pratiquement à toutes les classes sociales (il y a très peu d’exceptions, pour ceux que l’auteur appelle les satellites : serviteurs au tribunal, bourreaux, geôliers, etc. ou pour ceux qui ont subi un châtiment). Il n’y a pas de discrimination ethnique non plus, il y a même une discrimination positive, car des promotions spéciales sont envisagées pour les garnisons tartares. C’est donc un examen que nous pouvons qualifier de démocratique et qui donne la possibilité aux fils des milieux modestes d’aspirer à un poste élevé dans le pouvoir (car les filles en sont exclues). Le baccalauréat est composé de trois séries d’examens, respectivement devant le Sous-Préfet, le Préfet et l’Examinateur provincial. Tous les trois ont le même schéma : deux compositions (que l’auteur appelle des amplifications littéraires) sur les “Quatre classiques” et les “Cinq canoniques” et une pièce en vers. L’auteur donne des précisions très utiles sur le déroulement des épreuves : malgré les règles et le contrôle strict, il est de coutume que les candidats apportent une composition écrite en avance pour la recopier en salle d’examen, ou même qu’ils remettent le cahier de la composition à l’examinateur en dehors de l’examen (pratiques assez rependues dans les universités chinoises aujourd’hui). Quant aux conditions de l’examen, l’auteur attire l’attention sur le côté rituel de ce dernier (d’ailleurs, l’organisme qui gère les examens s’appelle Bureau des rites), les candidats sont habillés en habits de cérémonie, trois coups de canon annoncent l’entrée en salle d’examens, la publication des résultats se fait aussi après trois coups de canon. Une fois le grade obtenu, le bachelier doit subir un examen tous les trois ans. Le coup des études et des examens étant élevé, des familles modestes s’endettent pour l’éducation de leurs fils, mais la logique est que le grade de bachelier ouvre des possibilités dans la fonction publique. À la fin de cette partie, l’auteur note que le grade de Bachelier peut également s’acheter, sans passer par des examens, ou encore être attribué par l’empereur pour des mérites.
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’examen de Licence (composé également de trois séries) qui a beaucoup de traits communs avec l’examen précédent, sauf qu’ici les candidats ont le choix de passer un examen de mathématiques, et une épreuve de traduction est proposée aux candidats des provinces frontalières. Les conditions de cet examen sont beaucoup plus strictes : il se passe dans des centres spéciaux, les candidats sont logés dans des cellules, ils n’ont pas le droit de sortir pendant trois jours et leur composition doit comporter exactement 700 caractères.
Dans la troisième partie, l’auteur décrit la passation de l’examen de doctorat, examen qui a lieu uniquement dans la capitale. Comme pour les grades précédents, il y a trois examens ayant lieu au ministère des Rites. Les candidats écrivent “une dissertation ayant 800 à 1000 caractères, qui roule ordinairement sur quatre points d’administration publique” , vu qu’à l’issu de ce concours les Docteurs deviennent des hauts fonctionnaires au service de l’Empereur.
La quatrième partie est très intéressante, car elle contient un chapitre consacré au concours des traducteurs. “Cette disposition a pour but d’encourager les Mandchous et les Mongols à la culture de leur langue maternelle”. Il y a pour ces concours trois degrés que nous connaissons déjà : Baccalauréat, Licence et Doctorat. Pour tous les trois, les sujets sont choisis par l’Empereur même. De plus, il y a une épreuve préalable : tir à l’arc. En plus de la traduction qui est obligatoire pour tous les candidats, au concours de licence il y a une amplification sur le livre des “Quatre classiques”, composée en langue maternelle, et une dissertation pour le concours de doctorat sur les “Quatre classiques” et “Livre de la piété filiale”. (Excellente façon de rappeler aux minorités ethniques à qui ils doivent obéissance !)

Dans la suite de la quatrième partie, l’auteur cite différents décrets et décisions ministérielles qui régissent ce système complexe d’examens et concours.

Que pouvons-nous retenir de l’ouvrage du Père Étienne Zi ? Il présente un système complexe d’évaluation, muni de tous les critères professionnels d’évaluation moderne : validité, car il propose une démarche adéquate pour mesurer les résultats et, car il est accepté par tous les acteurs sociaux, fiabilité, suite à des répétitions des examens les résultats peuvent prétendre de constance, et faisabilité, grâce à la clarté des instructions et la possibilité de réalisation à tous les niveaux.
Ce serait sans doute exagéré de chercher un lien entre les examens littéraires en Chine impériale et l’évaluation en FLE. Et pourtant, il s’agit d’une tradition perpétrée pendant plus de deux millénaires et qui génère la formation de la classe des lettrés, le recrutement des fonctionnaires par voie de concours avec ses rites précis. C’est un système perpétuel, inchangeable, constant qui entre dans un cadre sacré, éternel, immuable et qui dure aujourd’hui encore, notamment avec la pratique du Gao Kao. Par rapport à cette immuabilité, la certification en FLE semble encore chercher ses voies. De plus, très souvent, en tant que praticienne et préparant des étudiants pour le TCF ou le TEF, nous constatons qu’il manque des instructions claires, que les étudiants sont dans le flou (notamment avec des items totalement incompréhensibles) !

Pour conclure, notons que le rôle du système d’examens en Chine, présenté par le père Étienne Zi, est de servir de pilier du pouvoir impérial, et de veiller sur l’ordre social. Le rôle de l’évaluation et de la certification en FLE aujourd’hui est de développer et de valider des compétences dans un contexte de mondialisation. Dans ce sens, elle pourrait s’inspirer par des pratiques linguistiques des quatre coins du monde.
Bibliographie :
Étienne Zi, PRATIQUE des EXAMENS LITTÉRAIRES en Chine , in “Variétés sinologiques” n° 5, Imprimerie de la Mission catholique de l’orphelinat de T’ou-sé-wé, Shanghai, 1894, 268 pages, consultable en ligne : classiques.uqac.ca/classiques/zi_etienne/zi_etienne.html
Connaissances générales en culture chinoise, Foreign language teaching and research press, Beijing 2006
Noël-Jothy, Sampsonis, Certifications et outils d’évaluation en FLE, Hachette, 2006
Encyclopaedia Universalis, édition électronique, 2010